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Les voix de l'immobile

Les voix de l'immobile

Carnets de poèmes, de paroles et de voyages intérieurs du centre pénitentiaire de Maubeuge

Proses de l'écart

Proses de l'écart

Entre dedans et dehors, la page blanche est un miroir. Les yeux se ferment et voient comme en plein jour. Je suis à l’envers de moi-même exactement à ma place. Le goût des choses est plus dense instable, plus vertigineux. Je suis libre au-dedans d’être une ombre scintillante. Personne ne me demande mes papiers.

 

Entre le Père et le fils, un temps de 45 ans s’est écoulé. Depuis longtemps j’ai rêvé de toi, j’ai vu ton visage dans mes rêves comme si tu avais toujours été là. Toi, le fils que j’ai tant désiré. Je t’ai aimé le 10 mai 2010 à 11h27.

 

Entre mon cœur et le tien, tel le sable qui s’est écoulé depuis la dernière fois, le monde s’est fissuré. Depuis qu’ils ont vibré ensemble, un pont s’est écroulé.

 

Entre le ciel et les abysses résident les hommes sur un petit bout de terre. Ils errent inlassablement, oscillant sur eux-mêmes, alternant entre grandeur et décadence, génie et bêtise, créant et détruisant leur vie en un cycle fatal.

 

Entre l’ombre et la lumière, il y a un obstacle, toujours un obstacle.

 

Entre mon chien et sa mise à mort, il s’est passé trois mois où Miky a vu sa vie basculer du rose au noir. Jusqu’au jour J où il a été abattu à la SPA d’Estournelle. Mon chien tu es toujours dans mes souvenirs. Pardonne-moi.

 

Entre Dieu et le néant, il n’y a rien. Juste une sorte d’éblouissement. Le néant est l’envers du visage de Dieu. Son chagrin. Sa peur. Mais comme Dieu est infini, comme Dieu a peur de ne pas exister dans le cœur des hommes, il se mouche, essuie ses larmes et range le mot néant dans le dictionnaire. Le dictionnaire est le tiroir de tous les mots qui s’ennuient et qui font peur.

 

Entre moi et ma vie, il y a ce que j’ai fait.

 

Entre les planètes et les étoiles, le vide insondable du cosmos, là où l’infiniment grand est inextricablement lié à l’infiniment petit. Là où les poussières créent les étoiles.

 

Entre l’enfermement et la liberté, il y a un monde. Celui de survivre dans onze mètres carré, à la fenêtre, un grillage, et en guise d’horizon, des barreaux soudés. Au plafond comme un soleil pour bronzer. La liberté de vivre mes vrais désirs fera surface un jour, tôt ou tard.

 

Entre ton souffle et mon visage, aussi vaste que la distance entre le ciel et la terre. Aussi proche que tu es de moi. Aussi chaleureux que la flamme qui brûle. Tel est le désir que tu m’apportes.

 

Entre ma vie et la tienne, rien. Simplement, chacun sa vie. Certaines existences se ressemblent mais ne sont jamais identiques. Ce que je vis aujourd’hui tu ne le vivras pas. Chacun sa foi. Nos pensées peuvent se ressembler mais chaque vie est unique.

 

Entre ma tête et les étoiles, il y a des années lumières qui tombent en poussière derrière mes paupières.

 

Entre le Nord et le Sud, la vie est autre. Le stress est quasiment inexistant. Au réveil, le soleil vous embrase. C’est une détente agréable. Un petit apéritif, une bonne salade de saison et vous voilà reparti pour quelques heures de plaisir à la pétanque.

 

Entre la fenêtre et mon regard, la buée dessine des arbres, des branches, des maisons. Puis j’efface le paysage du revers de la main. Je marche sur cette route de brume sans contour, je flotte, je me disperse. Un courant d’air viendrait à bout du poids de ma chair. Puis la nuit ferme les yeux de la fenêtre qui bleuit de sommeil.

 

Entre la parole et la pensée, il manque souvent la réflexion.

 

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